
Si quelqu'un ne parvient pas à voir clair dans son être, sa pensée
est une vitre opaque qui le cache à lui-même; il est aveugle à son âme :
feu divin qui flamboie dans l'âtre de son corps; il parle et agit
obscurément.
Voici l'image que je me fais de Dieu : une source inexplicable de
création, qui jaillit du fond des âges par une brèche mystérieuse. Une
source dont le jaillissement représente le passage de l'état de stagnation,
un et béat, à l'état d'écoulement, multiple et inquiet.
Se ménager une heure calme dans le confort d'une chambre
solitaire; fermer les yeux et ne penser à rien.
L'expérience et la réflexion concernent une seule et même
conscience ayant dans un cas pour objet les données de la sensibilité et
dans l'autre les données de la mémoire.
Cette conscience a des limites quant au nombre de données
qu'elle peut considérer sans être dépassée. Aussi l'expérience et la
réflexion sont-elles rivales : elles se disputent un même champ limité
de conscience.
Gloire à l'être humain et à son créateur! Nous pouvons transmuer
les maux en bonheur; nous sommes capables de ce grand oeuvre.
Certains, qui ont beaucoup souffert, ont acquis à travers la
souffrance une telle sagesse, une telle humanité; ils sont en somme
devenus des personnes à ce point meilleures que force est de conclure à
ce paradoxe : leur mauvaise expérience fut une bonne chose.
Pas de désirs sans douleurs. Rien ne se gagne sans peine et ce
qu'on gagne, on peut le perdre.
Les vivants, telles des vagues, naissent et meurent. Mais le
principe de la vie transcende le passage des vivants sur terre, comme
l'eau de l'océan le déferlement des vagues sur le rivage.
J'ai peur de sombrer, dit l'un; je n'ose pas me mouiller. J'entends
le chant des sirènes, ces choses, ces êtres qui m'appellent, mais plus
encore le cri des malheureux qui se débattent ou abandonnent la lutte
et se noient. La vie est un fleuve qui débouche dans la mort.
On peut longtemps pleurer passivement sur son sort, mais on
doit un jour l'accepter et faire tous ses efforts pour en tirer le meilleur
parti, sous peine de rater sa vie.
Certains s'enthousiasment et fournissent un effort véhément,
mais fugace. Des difficultés surgissent qui les désillusionnent et les
découragent; ils abandonnent. D'abord ils éblouissent, puis ils
déçoivent. On dirait un monceau de feuilles sèches qui s'enflamme. Le
feu s'élève brusquement vers le ciel; pour un peu il roussirait la lune;
mais il tombe et s'éteint quelques instants après.
L'utilité d'une personne ne pèse pas lourd, comparée à la masse
des choses nécessaires à la marche du monde. Mais si nos efforts ont
assez de poids pour faire pencher un peu la balance humaine vers la
sagesse et le bonheur, notre vie a un sens et vaut la peine d'être vécue.